PETIPOL, mauvais :

Quel demeuré, celui-là…Il a pris le plus grand morceau du trottoir, et tout ce qu’il a réussi à faire, c’est une cuisine.

À Maki : et où tu vas dormir, espèce de décérébré ?


Maki se tait, désarçonné.

PETIPOL :

Bête comme ses pieds. M’étonne pas qu’y soit déjà dans la rue à son âge. Même pas capable de faire les courses, tu parles d’un cadeau.

Maugréant : une cuisine ! Et rien dans le frigo, je parie.

LE PROFESSEUR, voyant Maki se décomposer :

Et alors, si Maki veut habiter dans une cuisine, c’est son droit le plus strict ! Pour ce que j’en sais —et pour ce que j’en profite, soit dit en passant— on est en démocratie…

BARNABÉ, souriant de toutes ses dents :

Ah oui, tiens, c’est vrai, ça, j’oublie tout le temps, moi.

PETIPOL, au Professeur :

Toi, je t’ai rien demandé.

LE PROFESSEUR :

Mais le problème n’est pas là, Petipol.

PETIPOL :

M’embrouille pas.

LE PROFESSEUR :

Loin de moi…enfin bref : laisse Maki tranquille. Il n’a pas eu une vie facile, ce gosse.

PETIPOL, avec un rire forcé :

Parce que tu crois qu’elle a été comment, notre vie, à nous autres ?

BARNABÉ, sans rire :

Ça me fait mal de le dire, mais d’accord sur ce point.

PETIPOL, au Professeur :

Toi, par exemple, t’es un raté.

LE PROFESSEUR soupire :

Allons donc…

PETIPOL, sûr de son fait :

Si si…N’empêche que tu te crois mieux que tout le monde, avec tous tes bouquins dans ta bibliothèque…et puis tu fais des manières pour parler, et t’en es fier comme si t’avais écrit le petit Robert à toi tout seul…

LE PROFESSEUR, ennuyé :

Mais non…

PETIPOL  poursuit sans l’écouter :

Et pourtant, même que t’es intelligent, même que tu fais des phrases à rallonge avec des mots que je comprends pas, même que t’es toujours calme comme un curé après la messe, t’es quand même le plus raté de tous les ratés du quartier. De la ville, même. Et tiens, je connais pas les autres, mais je vais te dire : t’es sûrement la plus ratée de toutes les cloches de France.

LE PROFESSEUR, avec un geste défaitiste :

Si tu y tiens…

PETIPOL :

Ben ouais, j’y tiens. Raté,  que je te dis. T’as voulu et t’as pas pu, mais tu t’y crois encore. J’aime encore mieux être à ma place, au moins j’ai pas déchu.

BARNABÉ :

C’est bon, t’as fini de cracher ton venin ?

PETIPOL met les mains dans les poches, défiant :

Nan, mais j’en garde pour plus tard. Y a de quoi faire.

BARNABÉ, les yeux au ciel :

Ça, on s’en doute.

MAKI , accroupi dans sa cuisine :

Attendez, les amis : je vous ai fait une tarte aux pommes.

Les autres s’approchent, on entend presque leur estomac gargouiller.




DESSINE-MOI UNE MAISON
(extrait)