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ATTENTION, PAGE EN TRAVAUX, PORT DU CASQUE OBLIGATOIRE, LES CONTREVENANTS SERONT VERTEMENT TANCÉS (pour ce faire, pensez à me laisser vos coordonnées)

Mes classiques à moi

Mes classiques à moi, ce sont ceux que j'ai dévorés quand j'ai commencé à aimer lire, non plus pour le seul voyage, mais aussi pour la saveur explicite des mots. Plus seulement le fond, mais bel et bien la forme. Le style. Avec du style on peut tout dire. Et eux me l'ont écrit en toutes lettres, en y mettant les formes, ponctuation comprise —très important, ça, la ponctuation.
Eux, dans le désordre le plus parfait, ce sont : François Rabelais, Emile Zola, Jean-Jacques Rousseau, Denis Diderot, Charles Baudelaire, Edgar Allan Poe, Jane Austen, Les trois p'tites soeurs (Charlotte, Emily et Anne) Brontë, Mark Twain, John Steinbeck, Francis Scott Fitzgerald, William Shakespeare, Fedor Mikhailovitch Dostoievski, Eschyle, Joris-Karl Huysmans, Rudyard Kipling (Remarquez comme j'ai pris soin de mentionner les prénoms de chaque auteur pour que cette liste semble plus longue, faisant en sorte d'impressionner le chaland par l'étendue de ma prétendue culture littéraire, en réalité assez succinte) et bien sûr, tous les autres sans qui rien n'aurait pu arriver mais dont les noms, à l'instant où j'écris ces lignes, ne me viennent pas à l'esprit, vraiment la canicule la fraîcheur de septembre l'air de Toulouse ne me vaut rien.


Vous voulez des titres? Des analyses béotiennes? Des extraits choisis avec la cécité intransigeante de l'amour (oui c'est bien, ça, les extraits, ça étoffe et c'est imperméable à la critique, c'est sans appel, un extrait) ?
"Oui! Oui!" crie la foule impatiente, tellement impatiente qu'elle est déjà loin...fort bien. Alors reprenons, toujours en désordre, mais pas le même (de nos jours le changement, quel qu'il soit, est toujours considéré comme une manière de progrès. Je compte sur vous pour (ne pas) faire partie de la masse adhérente à cet amalgame) :

Dostoievski : Crime et châtiment, l'un des plus grands romans policiers psychologiques jamais écrit ; Raskolnikov a longtemps été mon héros (je précise que mes héros sont souvent des anti-héros, voir plus bas). Les frères Karamazov et L'idiot ensuite, puis Le joueur. De lui, je veux encore lire Les démons (c'est dans ma commode) et Souvenirs de la maison des morts, qui commence ainsi et se poursuit encore mieux :
Au milieu des steppes, des montagnes ou des forêts impraticables des contrées reculées de la Sibérie, on rencontre, de loin en loin, de petites villes d'un millier ou deux d'habitants, entièrement bâties en bois, fort laides, avec deux églises - l'une au centre de la ville, l'autre dans le cimetière - en un mot, des villes qui ressemblent beaucoup plus à un bon village de la banlieue de Moscou qu'à une ville proprement dite. En général, elles sont abondamment pourvues de maîtres de police, d'assesseurs et autres employés subalternes. S'il fait froid en Sibérie, le service du gouvernement y est en revanche extraordinairement avantageux. Les habitants sont des gens simples, sans idées libérales ; leurs moeurs sont antiques, solides et consacrées par le temps. Les fonctionnaires, qui forment à bon droit la noblesse sibérienne, sont ou des gens du pays, Sibériens enracinés, ou des arrivants de Russie. Ces derniers viennent tout droit des capitales, séduits par la haute paye, par la subvention extraordinaire pour frais de voyage et par d'autres espérances non moins tentantes pour l'avenir. Ceux qui savent résoudre le problème de la vie restent presque toujours en Sibérie et s'y fixent définitivement. Les fruits abondants et savoureux qu'ils récoltent plus tard les dédommagent amplement ; quant aux autres, gens légers et qui ne savent pas résoudre ce problème, ils s'ennuient bientôt en Sibérie et se demandent avec regret pourquoi ils ont fait la bêtise d'y venir.


Huysmans : Si Des Esseintes est le plus extravagant des personnages auxquels la plume tourmentée de Huysmans ait donné vie (si l'on peut appeler ça une vie), les portraits qu'il a faits, dans ses autres romans, des petites gens, sont un régal d'une autre sorte. Plus proche du naturalisme de Zola, son maître (le mien?), plus gouailleur que ce dernier cependant, le Huysmans des débuts foisonne de sensualités littéraires pour le moins odorantes...

Extrait de Marthe, histoire d'une fille  (son premier roman) :

- Tiens, vois-tu, petite, disait Ginginet, étendu sur le velours pisseux de la banquette, tu ne chantes pas mal, tu es gracieuse, tu as une certaine entente de la scène, mais ce n'est pas encore cela.

Écoute-moi bien, c'est un vieux cabotin, une roulure de la province et de étranger qui te parle, un vieux loup de planche, aussi fort sur les tréteaux qu'un marin sur la mer, eh bien! Tu n'es pas encore assez canaille! Ça viendra, bibiche, mais tu ne donnes pas encore assez moelleusement le coup des hanches qui doit pimenter le boum de la grosse caisse. Tiens, vois, j'ai les jambes en branches de pincettes faussées, les bras en ceps de vigne, j'ouvre la gueule comme la grenouille d'un tonneau, je fais le mille pour les palets de plomb, vlan! La cymbale claque, je remue le tout, je râpe le dernier mot du couplet, je me gargarise d'une roulade ratée, j'empoigne le public. C'est ce qu'il faut. Allons, dégosille ton couplet, je t'apprendrai, à mesure que tu le goualeras, les nuances à observer. Une, deux, trois, attention, papa entr'ouvre son tube auriculaire, papa t'écoute.

- Dites-donc, Mademoiselle Marthe, voilà une lettre que l'ouvreuse m'a dit de vous remettre, grasseya une grosse fille roupieuse.

- Ah! Elle est bien bonne, s'écria l'enfant; regarde donc, Ginginet, ce que je viens de recevoir, c'est pas poli, sais-tu?

Le comédien déploya le papier et les coins de ses lèvres remontèrent jusqu'aux ailes de son nez, découvrant des gencives frottées de rouge, faisant craquer le masque de fard et de plâtre qui lui vernissait la face.

- C'est des vers, clama-t-il, visiblement alarmé, autrement dit, celui qui te les envoie est un homme sans le sou. Un monsieur bien n'envoie pas de vers!


Diderot : j'ai aimé Le neveu de Rameau ou La religieuse, mais l''oeuvre que je préfère de ce maître de la digression utile, c'est Jacques le fataliste et son maître...dont voici un extrait :

Lecteur, il me vient un scrupule, c'est d'avoir fait honneur à Jacques ou à son maître de quelques réflexions qui vous appartiennent de droit; si cela est, vous pouvez les reprendre sans qu'ils s'en formalisent. J'ai cru m'apercevoir que le mot Bigre vous déplaisait. Je voudrais bien savoir pourquoi. C'est le vrai nom de famille de mon charron; les extraits baptistaires, extraits mortuaires, contrats de mariage en sont signés Bigre. Les descendants de Bigre, qui occupent aujourd'hui la boutique, s'appellent Bigre. Quand leurs enfants, qui sont jolis, passent dans la rue, on dit: "Voilà les petits Bigres." Quand vous prononcez le nom de Boule, vous vous rappelez le plus grand ébéniste que vous ayez eu. On ne prononce point encore dans la contrée de Bigre le nom de Bigre sans se rappeler le plus grand charron dont on ait mémoire. Le Bigre, dont on lit le nom à la fin de tous les livres d'offices pieux du commencement de ce siècle, fut un de ses parents. Si jamais un arrière-neveu de Bigre se signale par quelque grande action, le nom personnel de Bigre ne sera pas moins imposant pour vous que celui de César ou de Condé. C'est qu'il y a Bigre et Bigre, comme Guillaume et Guillaume. Si je dis Guillaume tout court, ce ne sera ni le conquérant de la Grande Bretagne, ni le marchand de drap de l'Avocat Patelin; le nom de Guillaume tout court ne sera ni héroïque ni bourgeois: ainsi de Bigre. Bigre tout court n'est ni le fameux charron ni quelqu'un de ses plats ancêtres ou de ses plats descendants. En bonne foi, un nom personnel peut-il être de bon ou de mauvais goût? Les rues sont pleines de mâtins qui s'appellent Pompée. Défaites-vous donc de votre fausse délicatesse, ou j'en userai avec vous comme milord Chatham avec les membres du parlement; il leur dit: "Sucre, Sucre, Sucre; qu'est ce qu'il y a de ridicule là-dedans?..." Et moi, je vous dirai: "Bigre Bigre, Bigre; pourquoi ne s'appellerait-on pas Bigre?" C'est, comme le disait un officier à son général le grand Condé, qu'il y a un fier Bigre comme Bigre le charron; un bon Bigre, comme vous et moi; de plats Bigres, comme une infinité d'autres.

(après cela je me demande QUI ne descend pas de Diderot. Un peu, au moins. D'accord, il y a Angot. Et ... On avait dit pas de noms! Bref : Diderot, c'est un maître. Et c'est Jacques en même temps. Zola avant l'heure par certains côtés. Il me fait rire, il m'inspire, il me touche. Dommage qu'il soit d'un autre siècle.

Jane Austen : Le désormais classique Sense and sensibility m'a permis de découvrir une écriture sensible, fine et ironique, à une époque où la gente féminine était souvent corsetée et intellectuellement considérée comme quantité négligeable, au point que les rares femmes écrivains publiaient leurs oeuvres sous anonymat. J'ai enchaîné avec Pride and prejudice, Mansfield park, Emma et Northanger Abbey. L'upper middle-class pré-victorienne dénigrée avec tant de douceur que c'en est du génie...
Un petit extrait, of course :

Not all that Mrs. Bennet, however, with the assistance of her five daughters, could ask on the subject was sufficient to draw from her husband any satisfactory description of Mr. Bingley. They attacked him in various ways; with barefaced questions, ingenious suppositions, and distant surmises; but he eluded the skill of them all; and they were at last obliged to accept the second-hand intelligence of their neighbour Lady Lucas. Her report was highly favourable. Sir William had been delighted with him. He was quite young, wonderfully handsome, extremely agreeable, and, to crown the whole, he meant to be at the next assembly with a large party. Nothing could be more delightful! To be fond of dancing was a certain step towards falling in love; and very lively hopes of Mr. Bingley's heart were entertained.

``If I can but see one of my daughters happily settled at Netherfield,'' said Mrs. Bennet to her husband, ``and all the others equally well married, I shall have nothing to wish for.''

In a few days Mr. Bingley returned Mr. Bennet's visit, and sat about ten minutes with him in his library. He had entertained hopes of being admitted to a sight of the young ladies, of whose beauty he had heard much; but he saw only the father. The ladies were somewhat more fortunate, for they had the advantage of ascertaining, from an upper window, that he wore a blue coat and rode a black horse.



William Shakespeare : est-il besoin de commentaires? Les exégètes ont déjà tout dit, même qu'il n'avait pas écrit ses oeuvres complètes. Quoi qu'il en soit, elles sont bel et bien là, et jusqu'à ses sonnets sont beaux, même par petits morceaux :

O know, sweet love, I always write of you,
And you and love are still my argument ;
So all my best is dressing all words new,
Spending again what is already spent ;
For as the sun is daily new and old
So is my love still telling what is told.
 

Rudyard Kipling :
Rien que pour ses Histoires comme ça, il mérite de figurer au panthéon. Sans compter le reste. C'est drôle, subtil, ça a du style (ne prononcez surtout pas staïle), et puis voilà. Appelez-moi Best Beloved, car je suis tout ouïe (alors que mon poisson rouge est tout ouïes... pardon, je m'entraîne à écrire des Just so Stories).
Extrait de How the leopard got his spots in Just so Stories :


In the days when everybody started fair, Best Beloved, the Leopard lived in a place called the High Veldt. 'Member it wasn't the Low Veldt, or the Bush Veldt, or the Sour Veldt, but the 'sclusively bare, hot, shiny High Veldt, where there was sand and sandy-coloured rock and 'sclusively tufts of sandy- yellowish grass. The Giraffe and the Zebra and the Eland and the Koodoo and the Hartebeest lived there; and they were 'sclusively sandy-yellow-brownish all over; but the Leopard, he was the 'sclusivest sandiest-yellowish-brownest of them all--a greyish-yellowish catty-shaped kind of beast, and he matched the 'sclusively yellowish-greyish-brownish colour of the High Veldt to one hair. This was very bad for the Giraffe and the Zebra and the rest of them; for he would lie down by a 'sclusively yellowish-greyish-brownish stone or clump of grass, and when the Giraffe or the Zebra or the Eland or the Koodoo or the Bush-Buck or the Bonte-Buck came by he would surprise them out of their jumpsome lives. He would indeed! And, also, there was an Ethiopian with bows and arrows (a 'sclusively greyish-brownish-yellowish man he was then), who lived on the High Veldt with the Leopard; and the two used to hunt together--the Ethiopian with his bows and arrows, and the Leopard 'sclusively with his teeth and claws--till the Giraffe and the Eland and the Koodoo and the Quagga and all the rest of them didn't know which way to jump, Best Beloved. They didn't indeed!

Et pour quelques heures de lecture réjouissante, ce site propose la version intégrale des Just So Stories illustrées par l'auteur.


Mark Twain (aka Samuel Langhorne Clemens)
Oui, je sais, vous savez nous savons : Il y a Tom Sawyer et Huckleberry Finn. Mais pas seulement (il y a comme une odeur de cervelle fatiguée, ici, vous ne sentez rien?). J'aime aussi les chiens :

A dog's tale
My father was a St. Bernard, my mother was a collie, but I am a Presbyterian. This is what my mother told me, I do not know these nice distinctions myself. To me they are only fine large words meaning nothing. My mother had a fondness for such; she liked to say them, and see other dogs look surprised and envious, as wondering how she got so much education. But, indeed, it was not real education; it was only show: she got the words by listening in the dining-room and drawing-room when there was company, and by going with the children to Sunday-school and listening there; and whenever she heard a large word she said it over to herself many times, and so was able to keep it until there was a dogmatic gathering in the neighborhood, then she would get it off, and surprise and distress them all, from pocket-pup to mastiff, which rewarded her for all her trouble. If there was a stranger he was nearly sure to be suspicious, and when he got his breath again he would ask her what it meant. And she always told him. He was never expecting this but thought he would catch her; so when she told him, he was the one that looked ashamed, whereas he had thought it was going to be she. The others were always waiting for this, and glad of it and proud of her, for they knew what was going to happen, because they had had experience.


Alcofribas Nasier

Mais si, vous connaissez. François, le petit François. Rabelais, qu'on l'appelait à l'école de médecine. François, c'est un pays : il est de mon coin, vers Angers. Mais ceci n'explique pas cela, surtout quand ni ceci, ni cela n'ont de tête. Quant à parler de queue, il y a un pas que seul François saurait franchir sans se compromettre, l'état d'immortel a du bon. François a écrit de très vilaines choses que la Sorbonne a condamnées. Heureusement, Du Bellay (pas lui, son frère) était là et le pape avait parfois les idées larges, quand il lui en venait (oui, je sais, je résume). Bref : en dépit des froncements de sourcils des doctes sorbonnards, François a pu poursuivre ses frasques dans d'autres livres. Et il paraît qu'il en reste encore quelque chose. Personnellement, je n'aurai de cesse de placer, un jour, dans l'un ou l'autre de mes écrits, une andouille navrée. Ensuite seulement, je pourrai reboucher mon stylo et mettre à mon oeuvre le point final*.

Ici, je vous aurais bien mis un extrait du Tiers Livre, mais je n'ai rien trouvé  à copier-coller sur internet, et je n'ai pas le temps de recopier un vrai bouquin avec des pages qui ne tiennent pas en place. Ou alors, que quelqu'un se porte volontaire pour tenir, pendant un petit quart d'heure, le livre ouvert à la bonne page, le temps que. (Contrairement aux apparences, cette phrase est finie)

*ne prenez pas tout cela au pied de la lettre! La preuve, j'écris avec un clavier sans bouchon.



Bientôt, ici, la suite (puisqu'on vous dit que c'est en travaux).


Nos célèbres contemporains

Nos célèbres contemporains, ce sont les auteurs vivants (ou morts depuis peu et dont on peut encore pleurer la disparition sans craindre de passer pour un original décérébré) que j'aime livre après livre, même quand ils n'en ont publié qu'un, c'est dire (et alors quoi, je relis). Leur célébrité n'est sans doute que toute relative, car je ne suis  malheureusement pas certaine qu'un micro-trottoir, (autrement dit un interrogatoire ciblé des personnes physiques déambulant sur les voies publiques, réalisé à l'aide d'un microphone tendu au bout d'un bras fébrile anxieux de capter les attentions comme si son salaire en dépendait) réalisé demain autour de ces auteurs les révélerait comme tels, alors que (non non pas de noms)... bref, je veux parler de ceux-là : Samuel Beckett, Éric Chevillard, Annie Saumont, Lydie Salvayre, François Jorif, Olivier Adam, Yves Bonnefoy, Serge Doubrovski, Akif Pirinçci, Jasper Fforde, Alain Damasio, Isaac Bashevis Singer, Albert Cohen, Romain Gary et son alter ego Emile Ajar, Sartre et Beauvoir, Vian et Jarry, Bill Watterson (oui c'est de la BD), et attendez, les autres arrivent (collection printemps-été 2007).


Samuel Beckett : comme tout le monde ou presque (qui sont les autres?), j'ai commencé par Godot, le fameux, et non pas le famous puisque Beckett, ce bougre de génie, a écrit plein de choses magnifiques dans la langue de Rabelais alors qu'il aurait pu manipuler celle de Shakespeare (mais William n'était pas d'accord pour qu'on manipule sa langue, même morte). Avec En attendant Godot, j'ai découvert, entre deux lectures plutôt conventionnelles (ce bon Rousseau et je-ne-sais quel auteur au programme du bac cette année-là), les séduisants revers de la littérature : aux antipodes des règles de construction et de cohérence professées plusieurs heures par semaine par des enseignants bien intentionnés et parfois (rarement) passionnants, ce livre m'a ouvert les yeux sur les potentialités de l'expression littéraire. Un peu tardivement, sans doute, mais largement. Et ce n'était qu'un début, car En attendant Godot est sans doute l'oeuvre la plus lisible de Beckett. Après lui, il y a eu Murphy, Malone meurt, Molloy, Fin de partie, L'innommable, les Nouvelles et textes pour rien, Pour finir encore et autres foirades... Peu d'auteurs, à cette époque, m'ont autant impressionnée que Beckett. Plus tard, bien sûr, il y a eu celui que je considère (peut-être à tort, aux exégètes véritables de me le dire) comme l'un de ses héritiers directs, j'ai nommé Eric Chevillard.

L'extrait, c'est forcément celui-là (Nouvelles et textes pour rien), ceux qui me connaissent sauront pourquoi, et ça ne changera pas la vie des autres :
Où irais-je, si je pouvais aller, que serais-je, si je pouvais être, que dirais-je, si j'avais une voix, qui parle ainsi, se disant moi. Répondez simplement, que quelqu'un réponde simplement. C'est le même inconnu que toujours, le seul pour qui j'existe, au creux de mon inexistence, de la sienne, de la nôtre, voilà une simple réponse. (...) Ce qui compte, c'est d'être au monde, peu importe la posture, du moment qu'on est sur terre. Respirer, on n'exige pas davantage, errer n'est pas une obligation, recevoir non plus, on peut même se croire mort à condition de le faire savoir, peut-on rêver régime plus tolérant, je ne sais pas, je ne rêve pas.



Eric Chevillard : un sens de l'absurde hérité de ... de...?? Alors, vous suivez ou pas? (comment ça, Ionesco?) Oui, Beckett! Bravo, Charlie, Kilo et même Roméo, ça nous ramènera au sujet. Beckett, donc. Le désespoir en moins, la facétie en plus. L'oeuvre de Chevillard procède d'un travail sur le langage d'une finesse inégalée (ce ne serait pas un cliché, ça?), cet auteur sait sauter du coq à l'âne dans la plus grande logique - la sienne, certes, mais toujours perceptible, le jeu d'un savant fou de langue. C'est le prince des digressions (Sterne, toujours roi du genre, serait-il aussi au nombre de ses maîtres?), de la déconstruction romanesque (ses oeuvres, toutes sous-titrées, sauf erreur de ma part, "roman", s'affranchissent pourtant du genre avec une belle désinvolture), de l'exploration méthodique multi-directionnelle (ça, c'est mon analyse, ça va faire très chic dans les soirées branchées), de la parodie complexe et hilarante (ibid., sauf pour les soirées branchées où l'hilarité se dépose au vestiaire), et ses réflexions sur l'écriture et le processus de création littéraire sont très... intéressantes (zut, il me manque des superlatifs). Je l'ai découvert, très tard lui aussi, avec Du hérisson. Mourir m'enrhume, Au plafond, Palafox, L'oeuvre posthume de Thomas Pilaster...oh, et puis pour la liste exhaustive, allez sur ce très bon site qui lui est consacré. Mon achat de la rentrée littéraire 2006 (l'un des seuls sans doute, et pas par effet de mode, enfin je me comprends) sera donc : Démolir Nisard. J'ai hâte, vous pouvez pas savoir.



Ernesto Sábato :
Au premier jour fut le tunnel. Ensuite, je ne sais plus très bien. Du noir sombre partout, j'avançais à tâtons hésitants, effleurant de mes mains ensanglantées par les quêtes insatisfaites les parois rugueuses du boyau infini*. Et puis soudain, la lumière fut, et je poursuivis ma lecture de ce merveilleux auteur par Alejandra, Sobre heroes y tumbas, et même que c'était pas facile parce que je maîtrise mal la langue de Sabato (alors que Sabatier, ça va, mais je ne vous dirai pas lequel, je crois que vous devinerez seuls).
*cet intermède épithétique et pathétique vous est offert par les six volumes du grand Robert que j'ai réussi à fourguer à un grand ami consentant qui se reconnaîtra (les autres etc.) s'il vient à passer par là.

extrait de El tunel) :
He pasado días extraños : el mar, la playa, los caminos me fueron trayendo recuerdos de otros tiempos. No sólo imàgenes : también voces, gritos y largos silencios de otros
días.
Es curioso, pero vivir consiste en construir recuerdos futuros ; ahora mismo, aquí frente al mar, sé que estoy preparando recuerdos minuciosos que alguna vez me traerán la melancolía y la desesperanza.
El mar está ahí, permanente y rabioso.
Mi llanto de entonces, inutil ; también inútiles mis esperas en la playa solitaria, mirando tenazmente al mar.


Bill Watterson :
Voici Calvin :
Et voici Hobbes :
en fait, comme ils sont absolument indossociables, ils sont ensemble sur la photo.

(...)


C'est moi qui l'ai fait...tiens, je m'aperçois que c'est resté en ligne comme ça, tout vide, en suspens, avec la faute de frappe, pendant plus de deux mois. Personne n'a rien remarqué ? ...personne n'est venu traîner par ici, c'est ça?
 Très bien, alors : en l'absence de tout visiteur et, en tout cas, de toute réaction, je laisse et je continue mes bêtises. Comme je ne sais plus ce que j'ai fait de cette admirable et hilarante reproduction (interdite) de Calvin et Hobbes, je vous la recopie de mémoire, c'est très beau, c'est réalisé entièrement à la souris, et ça devrait rassurer ceux qui pensaient, au vu de mes dernières réalisations, que j'allais me détourner de l'écriture pour verser sans retour dans les arts graphiques.
J'aurais voulu écrire quelques lignes dithyrambiques au sujet de Bill Watterson et de sa propension à me faire rire, mais je ne vois pas comment dire ça autrement qu'en vous suggérant d'aller voir par vous même. Il y a des librairies, pour ça, hein. En V.O, si vous pouvez, c'est encore plus drôle (et il dessine mieux que moi, c'est promis).




...Bientôt (comptez un an, un an et demi, le temps que je prenne le temps d'avoir le temps), la suite de ces merveilleux exposés profanes concernant mes auteurs préférés...surtout ne zappez pas!

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